[Português]
Fragment 7Q5 - Évangile de Marc (Mc 6,52-53) - fragment trouvé à Qumrân. Icône de Jésus-Christ - Pantocrator - Le Tout-Puissant.
PAPIROLOGIA-NT

Papyrologie et Dates des Écrits du
Nouveau Testament


Par le P. Paul-André Hébert, S.J.


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Résumé : Ayant accepté les découvertes récentes de la papyrologie (O´Callaghan et Carsten Peter Thiede), l´auteur de cet article cherche à situer les écrits du Nouveau Testament dans le temps et l´espace. Il propose de nouvelles dates pour les écrits du Nouveau Testament. J.A.T. Robinson avait-il raison de placer tous les écrits du Nouveau Testament avant la destruction de Jérusalem en l´an 70 ? (Redating the New Testament, London, 1976).


Paroles-clefs : Papyrologie, Chronologie, Évangiles, Nouveau Testament, Qumrân.






Le papyrologue Carsten Peter Thiede et le journaliste Matthew D´Ancona ont publié le livre : « Eyewithness to Jesus », traduit en portugais au Brésil sous le titre : « Testemunha Ocular de Jesus », Témoin Oculaire de Jésus, « Novas Provas em Manuscritos sobre a Origem dos Evangelhos », Nouvelles Preuves dans les Manuscrits à propos de l´Origine des Évangiles (1).

Si, comme le montre la papyrologie, l´Évangile de Marc a été écrit avant l´an 50 et l´Évangile de Matthieu vers l´an 60, il est extrêmement intéressant de chercher à trouver dans les textes mêmes du Nouveau Testament des indices qui nous permettraient de confirmer ces découvertes de la papyrologie et d´établir de nouvelles dates pour les écrits du Nouveau Testament.

Actuellement ces découvertes ne sont plus de l´ordre des hypothèses mais des vérités scientifiquement prouvées. Selon un calcul des probabilités réalisé par le professeur Dou, il n´y a pratiquement plus d´autres possibilités que celle de l´identification de 7Q5 avec un fragment de Mc 6, 52-53 (2).

Dans la revue « Terre Sainte »(3), pour ce qui concerne la double oeuvre de Luc, Évangile et Actes des Apôtres, nous sommes partis de l´hypothèse suivante : Luc a écrit son Évangile à Philippes, en Macédoine, durant le second et troisième voyages missionnaires de l´Apôtre Paul, entre les années 50 et 58. Luc a terminé d´écrire les Actes des Apôtres à Rome en l´an 63.

Voyages de Saint-Paul. Remarquer les Villes de Philippes et Éphèse; Rome et Jérusalem.

En effet, si l´on tient compte, dans les Actes des Apôtres des passages dans lesquels Luc emploie la première personne du pluriel (les passages en « nous » - appelés Wirstücke en allemand), il est possible de constater que cet évangéliste et auteur des Actes des Apôtres arrive avec Paul à Philippes, en Macédoine, en l´an 50 (Cf. Actes 15, 10) et qu´il y restera jusqu´en l´an 58. En effet, c´est sans la compagnie de Luc que Paul poursuit son voyage en compagnie de Timothée et de Silas. Paul évangélisera Thessalonique, Athènes et Corinthe. La Première Lettre aux Thessaloniciens (1Th) est écrite de Corinthe, à la fin de l´an 50 (4).

C´est seulement à la fin du troisième voyage missionnaire, en l´an 58, que Luc quittera définitivement Philippes. Avec d´autres délégués, il a la charge d´apporter à Jérusalem le fruit de la collecte organisée dans la gentilité en faveur de l´Église-Mère de Jérusalem (Actes, 20, 5-6).

La Deuxième Lettre aux Corinthiens (en un billet inséré dans la lettre) parle de cette collecte et du « frère » « délégué » dont « toutes les Églises chantent la louange au sujet de l´Évangile » (Cf. 2Cor 8,18-22). Chez Paul, l´Évangile, (tó euayyélion) ne désigne pas ordinairement un évangile écrit, mais la prédication chrétienne. Cependant en ce passage-ci, le mot semble connoter plus que la simple prédication chrétienne, mais déjà un évangile, en l´occurrence l´Évangile de Luc, lu en toutes les Églises. Je souligne « toutes », car c´est seulement étant un Évangile écrit que la louange au sujet de cet Évangile a pu être aussi universelle. Il me semble que seulement Luc peut être ce compagnon très spécial qui est aussi appelé « frère » à la fin des versets cités (v. 22) (5).

Luc ayant terminé d´écrire son Évangile avant l´an 58 à Philippes, comme nous le supposons, pourra aussi terminer d´écrire les Actes des Apôtres, à Rome, avant la fin des deux ans de captivité de l´apôtre Paul (année 63).

Quant à l´Évangile de Marc, il est assez facile de percevoir aussi dans les Actes des Apôtres le moment le plus probable de sa composition. Le jeune Marc n´accompagne pas Paul en Pamphylie et Pisidie à l´occasion du premier voyage missionnaire. Il retourne à la maison de sa mère à Jérusalem (Cf. Actes 12,12 ; 13,13 et 15,38). Il fallait beaucoup de courage pour accompagner Paul dans les montagnes du Taurus (Turquie actuelle). Il y avait 160 kilomètres à parcourir pour arriver à Antioche de Pisidie. Il fallait faire face aux plus grands dangers. Se souvenant, plus tard, de ce qu´il avait dû endurer pour l´Évangile, Paul fera rapport de ces dangers des rivières, dangers de la part des brigands (2Cor 11,26). Le premier voyage missionnaire date de l´an 46. Est-ce en cette année là, après une brève visite à sa mère à Jérusalem, que Marc serait parti pour Rome ? Voyage facile, par bateau, en été, sur la Méditerranée. Ainsi Marc aurait pu écrire la catéchèse de Pierre à Rome, avant le Concile de Jérusalem, soit entre les années 46 et 49. Il est possible aussi qu´il soit allé à Rome auparavant, soit déjà en l´an 42, après la délivrance miraculeuse de Pierre. Il est dit en Actes 12, 17, que « Pierre sortit et s´en alla à un autre endroit » (éteron tópon). De deux endroits (éteron), l´autre endroit que Jérusalem serait Rome. Est-ce que ce serait déjà en l´an 42 que Marc serait allé rejoindre Pierre à Rome ? En tout cas, la tradition nous rapporte que Marc a mis par écrit, en grec, la catéchèse de Pierre, à Rome (Papias).

D´autres exégètes (Carmignac et Tresmontant) découvrent dans les Évangiles un substrat hébreu. Cela n´est pas surprenant, car les Apôtres demeurèrent douze ans à Jérusalem après la mort de Jésus avant de devoir se disperser, pour fuir, comme Pierre, la persécution d´Hérode Agrippa I (an 42). Ainsi il est possible et même probable qu´avant cette dispersion, Marc, Matthieu et Jean aient écrit déjà une partie de leurs évangiles en hébreu, d´où ces « hyperétai - ministres de la parole » mentionnés par Luc (1, 1-2). Thiede parle aussi de Matthieu comme sténographe. Matthieu, comme scribe habile, aurait pris en dictée, au moment où elles étaient prononcées par la bouche même de Jésus les paroles du Sermon de la Montagne (6).

Relisant les écrits du Nouveau Testament, particulièrement les Actes des Apôtres, je pense qu´il est permis de rappeler la position de J.A.T. Robinson qui, en 1976, affirmait que ce n´est pas absurde de penser que tous les écrits du Nouveau Testament auraient été rédigés avant l´an 70, date de la destruction du temple de Jérusalem. Il n´y a pas dans ces écrits d´indices de cette immense catastrophe. Jésus prédit la destruction de Jérusalem de la même manière que le prophète Jérémie avait prédit sa destruction au temps du roi Joaquim avant qu´elle se réalise le 9 du mois d´Av (août) de l´an 587. Les paroles de Jésus, reprises par Luc, sont une prophétie et non la description de l´événement, comme le fera plus tard l´historien Flavius Joseph. Voyons ces paroles de Jésus rapportées par Luc :

« Quand il fut proche, à la vue de la ville, il pleura sur elle, en disant : ´Ah ! Si en ce jour tu avais compris, toi aussi, le message de paix ! Mais non, il est demeuré caché à tes yeux. Oui, des jours viendront sur toi, où tes ennemis t´environneront de retranchements, t´investiront, te presseront de toute part. Ils t´écraseront sur le sol, toi et tes enfants au milieu de toi, et ils ne laisseront pas en toi pierre sur pierre, parce que tu n´as pas reconnu le temps où tu fus visitée !` » (Lc, 41-44).

Dans ces paroles, il n´y a aucune description concrète, telle qu´elle serait rapportée après la destruction du Temple en l´an 70. Le texte est un ensemble de réminiscences bibliques qui évoquent la destruction de Jérusalem en l´an 587. « Luc, en relatant la destruction de Jérusalem, ne cite pas le signe le plus caractéristique de cet événement qui est la destruction du Temple. Cette destruction a été le plus grand choc pour le judaïsme. Un auteur qui aurait vécu ce choc n´aurait pu transformer la destruction du Temple en une dévastation de la ville de Jérusalem (7).

Nous revenons à cette affirmation de Robinson que tous les écrits du Nouveau Testament ont été rédigés avant l´an 70. Cette thèse, qui semblait peu « orthodoxe » à bien des exégètes il y a quelque temps, et qui semble telle à plusieurs d´entre eux encore aujourd´hui, est véridique au moins pour la plus grande partie des écrits du Nouveau Testament, en particulier pour les livres de Matthieu et Marc (Cf. Thiede, papyrologie), la double oeuvre de Luc (Évangile et Actes). Poursuivant notre travail, nous présenterons brièvement les autres écrits du Nouveau Testament.

Pour les 13 Épîtres de Saint Paul, particulièrement pour les Épîtres Pastorales, qui sont les plus discutées, nous avons le symposium international sur 7Q5, à l´Université de Eichstät, en Allemagne, au mois d´octobre 1991. Ce symposium nous est référé dans un article de Mgr João Evangelista Terra, S.J.: « Thiede a proposé une identification plus spectaculaire encore du fragment le plus grand et le mieux conservé de la grotte 7, le 7Q4 comme un verset de la Première Lettre de Saint Paul à Timothée (1Tm 3,16 ; 4,1.3). Cette identification qu´O´Callaghan avait déjà faite, a été alors confirmée par de respectables spécialistes, entre autres Puesch et Riesenfeld. Cette identification d´un manuscrit de la Première Lettre à Timothée a des effets encore plus explosifs. C´est l´unique papyrus de cette lettre. Le fait de dater ce papyrus d´avant 68 (terminus ante quem), à une époque où Saint Paul vivait encore, altère toutes les théories sur la chronologie des lettres de Saint Paul, démontre le rapide développement de la hiérarchie dans l´Église de Jérusalem et pulvérise bien des spéculations cérébrales au sujet des Épîtres Pastorales »(8).

La Lettre aux Hébreux, qui n´a pas été écrite par Paul, est elle aussi antérieure à la destruction du Temple de Jérusalem. Le P. Vanhoye, qui est le grand spécialiste de cette lettre (il parle d´elle comme du Sermon Sacerdotale), constate que l´auteur de ce sermon « se rapporte à la liturgie du Temple comme à une réalité toujours actuelle (Hb 10, 1-3) » (9). Ce sermon a donc été prononcé et écrit avant la destruction du Temple de Jérusalem.

Pour ce qui est de l´Évangile de Jean, nous rencontrons aussi des indices d´une date antérieure à la destruction du Temple de Jérusalem (le 9 du mois d´Av (Août) de l´an 70 (le même jour et le même mois que la destruction du Premier Temple en 587). Au chapitre 5, v. 2, Jean affirme « qu´il y a (éstin) (verbe au présent) à Jérusalem une piscine dont le nom est Béthesda... ». Le verbe au présent de l´indicatif, « (il y a » (10), indique que la ville de Jérusalem n´a pas encore été détruite au moment ou Jean écrit et que la piscine de Béthesda est bel et bien là. C´est un indice que l´Évangile de Jean a été écrit avant l´an 70. En outre, il est aussi probable que les vingt premiers chapitres de cet Évangile ont été écrits avant l´an 64, date du martyre de Pierre à Rome. Ce serait seulement après la mort de son ami Pierre, que Jean aurait ajouté le chapitre 21 de son Évangile. Le martyre de Pierre aurait suscité dans la mémoire de Jean le souvenir de cette merveilleuse manifestation du Seigneur Ressuscité auprès du Lac de Tibériade, quand le Seigneur prophétisa à Pierre ce qu´il lui arriverait:

« En vérité, en vérité, je te le dis, quand tu étais jeune, tu mettais toi-même ta ceinture, et tu allais où tu voulais; quand tu auras vieilli, tu étendras les mains, et un autre te ceindra et te mènera où tu ne voudrais pas. Il signifiait, en parlant ainsi, le genre de mort par lequel Pierre devait glorifier Dieu. Ayant dit cela, il lui dit: ´Suis-moi `» (Jn 21,18-19).

En effet, Pierre sera crucifié à Rome, au Vatican (Cirque de Néron), en l´an 64 (11). Pierre demandera la faveur d´être crucifié la tête par en bas, se trouvant indigne d´être crucifié de la même manière que son Maître. Il s´agit ici d´une tradition attestée par Origène et Saint Jérôme.

Quant aux trois lettres de Saint Jean (1Jn; 2Jn et 3Jn), il semble qu´il ne soit pas nécessaire de les dater de la fin du premier siècle (années 95-100), comme le font la plupart des exégètes, peut-être en prenant au pied de la lettre le titre de « presbytre » que se donne à lui-même l´Apôtre Jean. Cette interprétation n´est pas nécessaire. Pierre, tout en n´étant pas si âgé, se donne lui aussi à lui-même ce titre de « copresbytre » (symbresbýteros). Il se réfère, par ce titre, non pas à son âge mais à son ministère de pasteur du troupeau de Dieu en union avec ses prêtres (presbytres) (1P 5,1-4).

L´Évangile de Jean, y compris le chapitre 21, ayant été écrit tôt (avant l´année 65), les trois lettres de Jean peuvent aussi avoir été écrites tôt. Nous ne savons pas exactement les dates des séjours de Jean à Éphèse, en Asie Mineure. Il pourrait s´être établi là, une première fois, après la décapitation de Jacques, son frère (Jacques le Majeure), après Pâques de l´an 42 ; il pourrait être allé là-bas une deuxième fois après la lapidation de Jacques, Frère du Seigneur, en l´an 62, vu que dans ces années de persécution les Apôtres durent se disperser. Nous savons que durant les années de la révolte juive (66-70), les Chrétiens se sont enfuis de Jérusalem pour se réfugier à Pella, en Transjordanie. En tout cas, il y a une tradition bien établie de la présence de Marie, la Mère de Jésus, et de Jean à Éphèse. C´est de cette ville que Jean aurait écrit ses trois lettres. Il est possible que la Première Lettre de Jean (1Jn) ait accompagné la publication du Quatrième Évangile, étant donnée la proximité littéraire de ces deux écrits. Les deux autres lettres (2Jn et 3Jn) seraient de la même époque.

La Première Lettre de Pierre (1P) a été écrite avant la grande persécution dans laquelle Pierre donnera sa vie. Cette grande persécution viendra après l´incendie de Rome (le 18-19 juillet de l´an 64). Néron accusera les Chrétiens d´avoir incendié la Ville. Les Chrétiens serviront de bouc émissaire. Les persécutions contre les Chrétiens, dans la Première Lettre de Pierre, ne sont pas celles qui viendront après l´incendie de Rome. Ce sont des persécutions inhérentes à l´existence chrétienne au milieu du paganisme. La manière d´exister des Chrétiens au milieu du paganisme attirait la haine du monde et toutes sortes de tracasseries (1P 2,12 ; 3,13-17).

La lettre (1P) suppose aussi l´évangélisation de l´Asie Mineure (vers les années 58-60), telle que réalisée par Paul. Pierre a écrit par l´intermédiaire de Silvain. Silvain (Silas) a rédigé cette lettre à la demande de Pierre (1P 5,12). Comme conséquence de ce que nous avons dit, cette lettre (1P) ne peut être antérieure à l´année 58 ni postérieure à juillet de l´année 64.

La lettre de Saint Jacques. Il y a trois Jacques, qu´il faut bien distinguer. L´auteur de notre lettre est Jacques, Frère du Seigneur, bien distinct de Jacques, frère de Jean, fils de Zébédée, le premier entre les Apôtres, à boire de la coupe du Seigneur (décapité par Hérode Agrippa I en l´an 42). Ce frère de Jean est aussi appelé Jacques le Majeur. Un troisième Jacques, c´est Jacques, fils d´Alphée, un des Douze, dit Jacques le Mineur. Les frères du Seigneur n´avaient pas cru en Jésus au temps de sa vie publique (Jn 7,5). C´est par une apparition du Seigneur Ressuscité que Jacques, Frère du Seigneur, auteur de notre épître, croira et deviendra Apôtre (1Co 15,5). Après le départ de Pierre pour Rome, ce Jacques devient Évêque de Jérusalem. C´était un Judéo-chrétien pieux. Il priait à genoux, tous les jours, au Temple de Jérusalem. Ses genoux étaient devenus gros et calleux, ce qui lui valut le sobriquet de « Genoux de Chameau ». Son exécution (lapidation) par le Grand Prêtre Anas en l´an 62, telle qu´elle nous est rapportée par l´historien Flavius Joseph en ses Antiquités Juives (20,197-203), a révolté plusieurs contemporains et a accentué la séparation entre le Christianisme et le Judaïsme (Cf. Thiede et Matthew d´Ancona, pp. 75-76).

La Lettre de Saint Jacques, à cause de sa Théologie et de sa Christologie pas tellement élaborées, apparaît comme antérieure aux épîtres de Saint Paul. En cette lettre, il n´y a pas non plus de référence à l´évangélisation des gentils, ni au Concile de Jérusalem (année 49). Sa doctrine est très proche du Sermon de la Montagne. Sa date de composition pourrait bien se situer entre les années 42 et 49. Jacques a déjà assumé, à cette époque, après Pierre, la direction de l´Église de Jérusalem.

La lettre de Saint Jude. Jude se présente lui-même, dans sa courte lettre (elle n´a qu´un chapitre, soit 25 versets en tout), comme frère de Jacques. Donc, Jude est lui aussi frère du Seigneur (Cf. Mc 6,3). Cette parenté lui viendrait de Clopas, frère de Joseph (époux de Marie). Marie de Clopas et Marie Salomé seraient les deux belles-soeurs de Marie, Mère de Jésus.

La lettre de Saint Jude a été reprise par Pierre en sa Deuxième Lettre (2P). Il n´est pas nécessaire de parler de pseudonyme en référence à la Deuxième Lettre de Pierre (2P). Cette deuxième lettre a été écrite après la 1P, entre les années 60 et 64. Jude ayant composé sa lettre quelques années avant la mort de Jacques, son frère, Pierre pourra la reprendre en sa deuxième lettre (2P). Pierre aura sans doute trouvé la lettre de Jude très opportune pour toute l´Église. La lutte contre les faux docteurs et contre leur immoralité était un sujet qui concernait tous les Chrétiens, toute l´Église Catholique. Jude avait écrit une « épître catholique » ! Pierre la rend encore plus « Catholique », si nous pouvons parler ainsi, en la reprenant dans sa lettre (2P). Silvain (Silas) avait été le rédacteur de 1P. Un autre rédacteur interviendra pour rédiger la 2P et y insérer, avec quelques modifications, la lettre de saint Jude.

Quant à l´Apocalypse de Saint Jean, il n´est pas certain qu´elle ait été écrite en l´an 95, au temps de l´Empereur Domitien, comme l´affirment presque tous les exégètes. Une date antérieure à l´année 70 nous paraît plus probable. Les Deux Témoins (les Deux Oliviers) revêtus de sacs, qui prophétisent durant mil deux cent soixante jours, pourraient être, en un discours énigmatique comme celui du genre littéraire de l´Apocalypse, les Apôtres Pierre et Paul, martyrisés à Rome sous l´empereur Néron (Ap 11,1-13). Le règne de Néron prendra fin en l´an 68. Selon la majorité des exégètes, c´est à Néron que correspond le numéro 666 de la Bête (Ap 13,18 ; 15,2). Écrit un peu avant la destruction de Jérusalem, l´Apocalypse de Saint Jean devient encore plus actuel. En tout cas, en l´an 70, Néron étant déjà mort et les Apôtres Pierre et Paul martyrisés en les années 64 et 67, il y avait déjà les principaux événements historiques qui rendaient possibles la composition du livre de l´Apocalypse.

À la recherche de nouvelles dates pour les 27 écrits du Nouveau Testament, nous constatons que tout a pu être écrit tôt. Les auteurs de ces écrits sont des témoins oculaires (Cf. Le titre du livre de Thiede et Matthew D`Ancona). « Ce que nous avons vu de nos yeux, ce que nos mains ont palpé du Verbe de Vie, nous vous l´annonçons » comme l´écrit Jean dans sa Première Lettre (Cf. 1Jn 1,1-4). Ces témoins oculaires nous mettent en contact avec le Christ, Verbe Incarné, l´un de nous par son humanité et Fils de Dieu par sa divinité. Le même Jésus Christ est consubstantiel au Père selon la nature divine et consubstantiel à nous selon la nature humaine, comme le dira plus tard le Concile de Constantinople (année 451). Les Évangiles sont historiques. Aucune gnose. Nous avons ici une manière de nous opposer au « Code da Vinci » et à tous ceux qui veulent laisser entendre que « les écrits du Nouveau testament n´ont qu´un rapport lointain et douteux avec la réalité historique de la vie de Jésus ». (Extrait d´une lettre du P. Albert Vanhoye, S.J., maintenant le Cardinal Vanhoye, qui m´a été adressée le 22 juin 2003). La phrase complète du P. Vanhoye est celle-ci : « On mine ainsi la foi des chrétiens en prétendant que ces écrits du Nouveau testament n´ont qu´un rapport lointain et douteux avec la réalité historique de la vie de Jésus. » Cette phrase nous invite à réfléchir et faire notre acte de foi, avec la grâce de Dieu, dans la Vérité du Verbe Incarné qui se prolonge dans les Saintes Écritures.

Il est temps d´abandonner ce préjugé que le Nouveau Testament aurait été écrit très tard, selon une conception bultmanienne qui a ses racines dans la « gnose » « au nom trompeur », comme compléterait Saint Irénée. Oui, tout a pu être écrit tôt, comme tend à le démontrer la papyrologie (O´Callaghan et Carsten Peter Thiede). En lisant les écrits du Nouveau Testament, nous sommes en contact, par la foi avec le Verbe Incarné tel qu´expérimenté par les Apôtres, qui nous ont transmis la Vérité qui est Jésus Christ (12). Le mur de séparation entre le Christ de la Foi et le Jésus de l´Histoire est en train de crouler.

« La foi exige le réalisme de l´événement » de Joseph Ratzinger :

« L´opinion que la foi, comme telle, ne connaît absolument rien des faits historiques et doit tout laisser aux historiens, c´est de la gnose : cette opinion désincarne la foi et la réduit à une pure idée. Pour la foi qui s´appuie sur la Bible, le réalisme de l´événement est précisément, au contraire, exigence constitutive. Un Dieu qui ne peut intervenir dans l´histoire ni se montrer en elle n´est pas le Dieu de la Bible ».

Extrait du discours du Préfet de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi à l´occasion du centenaire de la fondation de la Commission Biblique Pontificale (« 30 Dias », 30 Jours, No 6, 2003, p. 60).

Ci-dessous les deux lettres du Cardinal Vanhoye, S.J. au Père Hébert.

Première lettre du Cardinal Albert Vanhoye, S.J. à l'auteur de ce 'site'. Deuxième lettre du Cardinal Albert Vanhoye, S.J., à l'auteur. CLIQUER POUR CHAQUE LETTRE, POUR AMPLIFIER.

Je remercie le P. Albert Vanhoye, S.J. de m´avoir encouragé en cette « oeuvre très utile », comme il me l´écrivait, «en réagissant contre les excès de l´exégèse historico-critique, qui, en réalité, s´est laissée mener par un a priori a-critique, selon lequel il convient d´assigner des dates les plus tardives possibles (et au delà !) à tous les écrits du Nouveau Testament » (lettre du 22 juin 2003).


Notes

1. Carsten Peter Thiede et Matthew D´Ancona, "Testemunha Ocular de Jesus", Imago, Rio de Janeiro, 1999. Traduction en Portugais par Laura Rumchinsky, pp. 279. Titre original: “Eyewitness to Jesus”, Doubleday, London, 1996. Et auparavant, Carsten P. Thiede: Qumran e i Vangeli, I manuscriti della grotta 7 e la nascita del Nuovo Testamento, Massimo, Milano, 1996.

2. Dans une longue et intéressante entrevue du P. O´Callaghan par Germán Mckenzie González, dans la revue « Vida y Espiritualidad», VE, mayo-agosto de 1995, année 11, le P. José O´Callaghan se réfère à un calcul de probabilité fait par le professeur Dou. La probabilité pour l´identification de 7Q5 avec Mc 6,52-53 est de l´ordre de 36 billions (36.000.000.000). Actuellement tous les papyrologues sont d´accord à reconnaître la découverte de O´Callaghan et identifier 7Q5 avec un fragment de l´Évangile de Marc. Herbert Hunger, Directeur de la collection de papyrus de la Bibliothèque Nationale d´Autriche déclara : « Je ne parle ni comme théologien, ni comme bibliste, je parle comme scientifique. Je dis qu´O´Callaghan a raison ». Un grand papyrologue, C. H. Roberts, avait daté de l´an 50 7Q5, sans réussir cependant à l´identifier.

3. Terre Sainte, Juillet-Août 1999, « Dates des écrits du Nouveau Testament, pp. 179-180.

4. Chronologie établie à partir d´une inscription découverte à Delphes, qui mentionne la 26è acclamation de l´Empereur Claude et le Proconsul Gallion. Elle correspond à la comparution de Paul devant le Proconsul Gallion à Corinthe au printemps de l´an 52. Paul est demeuré une année et six mois à Corinthe (Cf. Actes 18,11-18 et le P. Stanislas Lyonnet, S.J., Annotationes in priorem epistolam ad Corinthios. Pontificium Institutum Biblicum, Romae, 1965-1966, p. 5).

5. La Bible de Jérusalem, dans une note au bas de la page, écrit « peut-être Luc », comme compagnon de Paul, tandis qu´il s´agit presque certainement de Luc. C´est lui qui a accompagné Paul, quand celui-ci est entré en Europe lors du deuxième voyage missionnaire et qui l´accompagnera à la fin du troisième voyage. C´est presque impossible de trouver un autre compagnon qui soit aussi lié à l´évangile annoncé (ou déjà écrit ?).
Un contact littéraire entre Lc 10,40 et 1Co 7,35, pourrait être un indice en faveur de la rédaction de l´Évangile de Luc avant la fête de Pâques de l´an 57 (date de la première épître de Paul aux Corinthiens). Paul décrit celui qui est vierge comme celui qui « demeure auprès du Seigneur sans distractions » (aperispástôs), reprenant le vocabulaire de Luc qui présente Marthe comme celle qui est distraite (periespãto) par de multiples services (Lc 10, 40). (Cf. Stanislas Lyonnet, S.J., Annotationes in priorem epistolam ad Corinthios, p. 164).
Comme il apparaît dans la Lettre de Paul aux Philippiens, il y a une grande amitié entre Paul et la communauté de Philippes. En arrière de cette amitié, il y a presque certainement ce frère-compagnon qui a accompagné Paul quand celui-ci arriva à Philippes avec Timothée et Silas en l´an 50. Il y a aussi Lydie à Philippes. Cette Lydie qui « contraignit les missionnaires à demeurer dans sa maison » (Cf. Actes 16,15).
Dans la lettre aux Philippiens (Ph 4, 2-3) nous rencontrons encore un autre indice de la permanence de Luc en cette Église de Philippes. Paul exhorte Évodie et Syntiché « à vivre en bonne intelligence dans le Seigneur ». Et il ajoute : « et toi Syzyge, vrai ´compagnon`, je te demande de leur venir en aide ». Les commentaires bibliques donnent l´étymologie de ces noms: Évodie (bon chemin) ; Syn-tyché (rencontre) ; Sy-zyge (sous le même joug--collègue--compagnon ). La TOB remarque que « Paul semble souligner d´un sourire le contraste entre les noms d´Évodie et de Syntyché et leur conduite », mais ignore tout de ces personnes nommées aux versets 2 et 3. Cependant, dans le contexte de notre travail, il est probable que ´Syzyge` soit Luc, le vrai ´compagnon`de Paul, véritable ami de Paul, et qui reçoit ce sobriquet qui le caractérise, sobriquet que toute la communauté de Philippes peut déchiffrer facilement si ce n´est que Luc n´était déjà connu par ce surnom familier et affectueux. Il est bon de se souvenir de toute la délicatesse que Luc manifeste envers les femmes, ce qui transparaît particulièrement en son évangile. Paul sait mettre en valeur, ici, ce charisme de Luc pour la réconciliation de ces deux femmes.
Pour les nouvelles traductions et commentaires du Nouveau Testament, il est permis d´espérer que ces dates des écrits du Nouveau Testament soient revues à partir des progrès de la papyrologie. Pourquoi penser que Luc, qui fait naufrage avec Paul sur l´île de Malte, va publier les Actes seulement 20 ou 30 ans plus tard, en relatant en détails ce qui est arrivé. Il n´y a aucun journaliste qui a cette manière de procéder.

6. Terra, Mgr João Evangelista, S.J., « Papyro 7Q5 de Qumran e a Nova Datação dos Evangelhos, Atualização, Belo Horizonte, No 265, JAN/FEV 1997.

7. Hans-Joachim Schulz, Die apostoliche Herkunft, Questiones disputatae, 1993 Citation de Mgr João Evangelista Terra, S.J., op. cit., pp.20-21.

8. Mgr João Evangelista Terra se réfère à ce symposium international de Eichstätt de 1991, op. cit. pp. 10-11. Les actes em furent publiés par B. Mayer (org.). Christentum und Christlichen in Qumran ? Eichsttäter Studien 32, Regensburg, 1992.

9. Introduction à l´Épître aux Hébreux, TOB, p. 671. Le P. Albert Vanhoye a traduit et annoté Hébreux pour la TOB, Nous recommandons du même auteur l´étude: « Le Message de l´Épître aux Hébreux, Ed. du Cerf., Paris, 1997. « A mensagem da Epístola aos Hebreus », Ed. Paulinas, São Paulo, 1983, Coleção Cadernos Bíblicos”, pp 85. Ce livret est un résumé de la thèse de doctorat du P. Vanhoye. Malheureusement l´édition brésilienne est épuisée.

10. La Bible de Jérusalem et la TOB traduisent correctement: « il existe », tandis que la Bible du Pèlerin, « Bíblia do Peregrino » (en portugais) met par erreur le verbe à l´imparfait : « havia em Jerusalém », il y avait à Jérusalem. Le texte original espagnol est au présent : « Hay en Jerusalén ».

11. Un article de la Revue 30 Jours, basé sur des livres apocryphes, place en l´an 64 le martyre de Pierre à Rome. Paul, étant citoyen romain, sera martyrisé un peu plus tard, soit en l´an 67.

12. Dei Verbum, No 19. Paul VI est intervenu, au Concile, pour affirmer, sans hésitation l´historicité des quatre évangiles.


Le P. Paul-André Hébert, S.J., 68 ans, est missionnaire au Nordeste du Brésil depuis 1963. Il a été professeur du Nouveau Testament au Grand Séminaire d´Olinda et Recife de 1992-1997. Il a passé l´année 1998 en études à Jérusalem. Actuellement il travail à la Pastorale de l´Université Catholique de Pernambuco (UNICAP).


P. Paul-André Hébert, S.J.
Universidade Católica de Pernambuco (UNICAP)
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